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Guadeloupe. Discours de Josette Borel-Lincertin à la 4è réunion de la conférence territoriale

Pointe-à-Pitre. Mercredi 4 avril 2018. CMA. Monsieur le préfet de Région, Monsieur le président du Conseil régional, Mesdames et messieurs les présidents de communautés d’agglomération et de communes, Mesdames et messieurs les maires, Mesdames et messieurs,

Les sargasses sont de retour dans notre archipel après deux années de relative accalmie. Et nous voici donc aux prises avec des échouages massifs qui affectent nos côtes depuis quelques semaines et – à en croire les prévisions à notre disposition – le pire serait encore à venir.

Cette situation, nous en connaissons bien tous les désagréments pour la population, pour nos marins-pêcheurs, pour les entreprises, ainsi que les dommages en termes d’image en pleine saison touristique.

Elle nous impose aujourd’hui une réaction d’ampleur, dans la mesure où nous ne disposons pas de moyens permanents de lutte contre ces échouages qui se sont jusqu’ici révélés pour le moins aléatoires.

Dès la semaine dernière, le Conseil départemental a pris ses responsabilités en procédant à de premiers enlèvements s sargasses en ciblant les ports départementaux qui sont de notre compétence, et plus particulièrement ceux qui font également office de ports de passagers.

C’est ainsi que nous sommes intervenus à Terre de Bas. Et que nous intervenons également, à compter d’aujourd’hui à la Désirade ainsi qu’à Capesterre de Marie-Galante où la situation est, à bien des égards, catastrophique.

Nous allons continuer nos interventions dans les prochains jours et les prochaines semaines dans ces ports et dans d’autres, en particulier à Gosier et à Sainte-Marie. Mais, nous avons pleinement conscience, compte tenu des prévisions d’échouages à venir, que nous sommes déjà en train de nous transformer en Sisyphe, condamnés à des enlèvements potentiellement quotidiens, le temps que durera cette nouvelle crise.

C’est pourquoi, nous devons une nouvelle fois nous interroger collectivement sur les moyens à mettre en œuvre pour faire face de manière durable à ces échouages.

Quels moyens pour le ramassage sur nos côtes ?

Où procéder aux épandages ?

Quels dispositifs de rétention en mer pour empêcher les échouages ?

Quels matériels pour les ramassages en mer ?

Et, enfin, quelles méthodes de traitement et de valorisation, sachant que les incertitudes sont nombreuses sur la possible toxicité de ces algues que l’on dit chargées de métaux lourds?

Ces questions ne sont pas nouvelles. Nous nous les posions déjà en il y a 3 ans.

Et nous ne pouvons pas être surpris qu’elles se reposent aujourd’hui à l’identique dans la mesure où, une fois passées les précédentes crises, nous avons préféré croire que les sargasses avaient disparu comme par miracle.

Cette réunion de la CTAP convoquée en urgence par le président de Région ne trouvera son sens que si nous pouvons formuler des réponses à ces questions.

Il y a trois ans, nous avions collectivement fait le choix de mettre en place des « brigades vertes » dans chaque agglomération afin de procéder en urgence aux ramassages sur le littoral.

Ces « brigades vertes » avaient pris la forme de recrutements par le biais de contrats aidés et, selon les communiqués de presse de la préfecture à l’époque, c’était 1,6 million d’euros que l’Etat avait mis sur la table pour les financer.

Depuis, par décision du gouvernement, l’enveloppe de contrats aidés s’inscrit en fort repli et j’avais dit l’époque de cette décision que c’était notamment notre capacité à répondre à une nouvelle crise des sargasses qui s’en trouverait affectée.

Aujourd’hui, nous y sommes. Et c’est pourquoi j’ai écrit la semaine dernière au Premier ministre pour lui demander ce que son Gouvernement comptait faire pour répondre aux enjeux du moment.

Car, il nous faut être clairs : les collectivités de Guadeloupe, en particulier les municipalité et les communauté d’agglomération, mais également le Conseil départemental, ne pourront faire face seuls à l’ampleur annoncée du phénomène.

Nous sommes là face à un phénomène d’origine naturelle, même si d’aucuns évoquent précisément un dérèglement de la nature pour l’expliquer.

Et face aux catastrophes naturelles, c’est la solidarité nationale qui doit normalement jouer.

Et j’espère que M. le préfet pourra, dans son intervention, nous dire que le Gouvernement considère bien cela comme tel.

Et j’espère qu’il nous dira aussi que la position du Gouvernement a évolué quant à la reconnaissance de catastrophe naturelle qui s’imposera si la crise persiste.

Ce sont en tout cas les demandes que le Conseil départemental formule aujourd’hui et sur lesquelles je souhaite que nous débattions ce matin.

Hormis cela, M. le président, vous avez souhaité inscrire deux autres points à l’ordre du jour de cette réunion qui sera, dès lors, très dense.

S’agissant de la problématique de l’eau, suite à la réunion du groupe technique « eau » de la CTAP, je suis en mesure de vous dire que le Conseil départemental est sur le point de commencer de nouveaux travaux sur les canalisations à Sainte-Rose et sur l’usine de Vernou. Et nous sommes prêts à enclencher les procédures pour les autres travaux qui relèveront de notre maîtrise d’ouvrage déléguée.

Nous aurons besoin, pour cela, des délibérations des communautés d’agglomération, idéalement d’ici à la mi-avril.

S’agissant du CHU, c’est une autre crise majeure à laquelle la Guadeloupe doit courageusement faire face et sur laquelle le Conseil départemental et moi-même sommes en première ligne.

Je voudrais d’ailleurs profiter de ce moment pour remercier tous ceux qui, autour de cette table, ont eu des mots de sympathie, d’encouragement ou de conseil à mon endroit dans la gestion de cette crise.

Je les ai appréciés à leur juste valeur. Et je puis vous dire avec humilité que j’ai beaucoup appris dans ces moments difficiles, en allant bien au-delà des attributions du Conseil de surveillance.

Avec la nouvelle directrice de l’ARS, qui témoigne d’un vrai savoir-faire et qui a mis peu de temps à comprendre les enjeux et les urgences, nous avons élaboré une feuille de route qui doit permettre de retrouver la meilleure offre de soins possible pour les Guadeloupéennes et les Guadeloupéens.

Bien sûr il y a eu des tâtonnements. Bien sûr il y a eu des erreurs d’appréciation. Comment imaginer qu’il n’y en ait pas dans un crise hors norme pour laquelle nous n’avions aucun repère, ni aucun précédent.

La nouvelle offre de soins que nous sommes en train de dessiner s’appuiera à la fois sur les structures publiques et privées de notre archipel, le temps que l’ensemble des diagnostics soient effectués pour évaluer les conditions d’une réintégration des services dans les murs du CHU.

Au nom des valeurs de solidarité et de recherche permanente de l’intérêt général, j’ai mis à disposition une part significative dans les locaux de notre nouveau CHGR qui accueillera plusieurs services stratégiques du CHU.

Cela nous imposera de différer certains projets que nous avions sur le site du Raizet du CGR dont nous devrons, dès lors, améliorer les conditions d’accueil pour les personnes âgées qui y auront à y rester.

Il fallait faire des choix. Nous l’avons fait. En responsabilité. Sur ce dossier, comme sur les autres.

Je vous remercie.