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Chronique

EDA MISSO N°2, Rubrique Woucikam du 26 mars 2018

JLD : Hotep ! Bienvenus dans EDA MISSO, la rubrique Woucikam du ZCL. Hotep, à vous chers téléspectateurs de Canal 10 et chers auditeurs de C10 FM.

EDA MISSO signifie « Ouvrez les Yeux ».  Cette rubrique a pour objectif de nous aider à mieux comprendre notre langue maternelle que l’on appelle communément le créole, mais qui est une authentique langue africaine, une langue bantoue dont les origines remontent à l’Égypte ancienne. Notre but est donc, de vous ouvrir les yeux sur sa nature réelle, à commencer par notre vocabulaire.

(Q) : Si je m’en souviens, vous nous aviez promis de nous parler gastronomie. N’est-ce pas ?

JLD : Oui Danick, aujourd’hui je suis vert !

(Q) : Pas de rage…. Rassurez-moi ?

JLD : Non, bien évidemment ! Aujourd’hui, nous allons parler verdure, végétaux, plantes comestibles. Nous allons partir à la recherche de (colocascia esculenta) c’est-à-dire notre dachine, ou mazombel, ou encore taro. Pour cela nous devons chausser nos bottes pour la trouver puisque c’est une plante qui aime les zones lacustres, les régions où elle trouvera beaucoup d’eau.

(Q) : Je vous arrête. En Guadeloupe, on n’utilise pas ces termes-là. On dit madère, non ?

JLD : Bravo Danick ! Et pourquoi ce terme Madè ? La réponse nous est donnée par cette graphie. Elle associe une étendue d’eau à une plante aquatique, ici, le lotus en fleur.

 

(Q) : Si j’ai bien compris le principe de lecture que vous observez, les mots qui désignent les étendues d’eau sont homonymes de ceux des végétaux qui y poussent ?  C’est ça ?

JLD : Parfaitement !  Et cela se retrouve encore aujourd’hui.

Regardez :

 

 

Swahili : ua « fleur »            >     ziwa « lac

Mahiha : duva « fleur »        >     Mochi : duwa « lac »

 

(Q) : Donc, si en woucikam : Madè désigne un végétal (colocascia esculenta) il doit se trouver une correspondance dans une langue du continent ou Madè désigne une étendue d’eau.

JLD : Vous avez compris.

 

 

Pimbwe : ilub’a « fleur »      >     dib’a « lac »

 

Le registre du fleuve nous renseigne donc. Exemple :

 

Duala : diba « fleuve »

Mbo’o : è-dèb « fleuve »

Elun : ndèb « eaux profondes »

 

Et bingo !

 

 

Le Léfo : Ma.dè « fleuve » correspond au Woucikam : madè. « colocascia esculenta ».

Nous voyons donc que le lien ne se fait pas avec Madère, nom de l’île espagnole, mais avec les langues du continent africain, du fait du lien d’homonymie entre les mots des zones aquatiques et des plantes qui y vivent.

Notons au passage la correspondance frappante entre le kisi : marova « fleur » et le tahitien : maréva « fleur ».

(Q) : (Commentaire personnel) ou « Comment passe-t-on de Madè à Kalalou ?

JLD : Il se trouve que notre « madè » a un cousin qui n’est autre que le nénuphar, que nos ancêtres de la vallée du Nil ont représenté comme suit.

 

 

On y voit bien la racine comestible, la tige, et par-dessus, la feuille ronde caractéristique du nénuphar. Or, nous disent les historiens depuis Hérodote, les premiers habitants de l’Égypte avant la découverte du blé avaient peu d’aliments à leur disposition. Ils mangeaient alors le papyrus soit cru, comme on consomme la canne à sucre, soit cuit ou grillé.

 

Ce mode de cuisson concernait la partie supérieure de la plante, c’est-à-dire la tige et la feuille. Il met en évidence la racine Kala.

 

Celle-ci désigne tout à la fois la feuille, la tige, le charbon, la couleur noire, ce qui est brûlé, charbonné, ou étuvé…

 

 

mbo’o : kala «livre»

bambara : kala «tige»

kikongo : kala «noir»

wanzi : likala  «charbon».

Swahili : ma.ka « charbon », « braise »

Lingala : makàla « charbon », « braise »

bassa : kala «s’enflammer»,

bamanan : kalan «chaud»,

Le livre se confond avec la feuille dans la mesure qu’à cette époque, le livre, consiste en une longue feuille de papyrus enroulée et nouée par un ruban. Notons aussi que Le papyrus AK est une métathèse de Ka nom de la feuille de lotus.

Ceci indique que le Kalalou est une préparation culinaire à base de feuilles étuvées. Cette indication est portée par la terminaison Lou qui désigne la « sauce ». Elle peut être vérifiée par le  woucikam léloum qui désigne un plat, en réalité une sauce faite de tout et de rien.

(Q): Donc le kalalou est une forme de sauce-feuille.

On peut le dire, dans la mesure où nous avons Kala « feuille » et Lou « sauce ». Précisons que la tradition de la sauce feuille est très largement répandue sur le continent africain.

Mais là où cela devient intéressant, c’est que Kala désigne tout à la fois la feuille, le mode de cuisson mais aussi le crabe. Exemple :

 

Kibondey : nkaa « crabe »

Bukusu : kala « crabe »

Vinza : kala « crabe »

Kikongo : nkàla « crabe »

Ciluba : nkàla « crabe »

 

Ceci nous permet de compléter notre recette de Kalalou, dont les ingrédients de base sont, rappelons-le, les feuilles de madè et les crabes.

(Q) : Jean Luc Divialle, tout le monde ne mange pas le kalalou, certains préfèrent le matété. L’association du terme Kala au nom du crabe ne fonctionne pas cette fois ?

JLD : Très juste ! Sauf que en Woucikam, Matè désigne la femelle du crabe, notre fameux bòkò. Ceci nous invite à considérer les homonymes à la racine Matè dans les langues africaines. Or, ceci nous conduit à la figure M17 de la liste de Gardiner et qui figure un roseau fleuri, mais pas uniquement, c’est aussi le nom de la palme. Or cette dernière se dit :

 

Je, Mon, moi,

Ce m identifié permet de trouver les noms de la tige dans les langues modernes. Nous avons donc :

ndamba : matete «roseau»

lambya : amatete «roseau»

mpoto : matete «roseau»

kingulu : madete «roseau»

Cette même tige qui entre dans la composition du Kalalou. Autrement dit, ces plats sont interchangeables. Ceci se vérifie chez nous puisque, comme vous le signaliez tout à l’heure à Pâques, on peut tout aussi bien manger le Matété ou Matoutou que le Kalalou.

Notons que Matété, c’est aussi le nom d’un village au Congo.

Donc voilà ce que l’on peut dire du Kalalou et du Matété.

Et vous savez quoi Danik, j’ai reçu un message de nos fameux

Bòkò. Ils disent :

Peu importe la recette, c’est toujours nous qui trinquons au final. Autrement dit, pas toujours les mêmes.

Promis mes chers crabes, la prochaine fois, nous tenterons d’élucider le mystère de la tradition des œufs de Pâques, et son fameux lapin en chocolat que l’on rencontre dans l’Est de la France.

C’est tout pour aujourd’hui. Bonne fête de Pâques, qui, en passant, tire son origine de l’Égypte. A la semaine prochaine. HOTEP !

(Q) : On vous remercie JLD, Je rappelle à nos télespectateurs qu’ils peuvent retrouver les termes cités dans cette rubrique dans l’ouvrage « Woucikam, origine égyptienne de la langue dite créole, décryptage hiéroglyphique de nos us et coutumes ». En vente à la librairie Générale Jasor. A la semaine prochaine ! HOTEP !