Hotep ! Bienvenus dans EDA MISSO la rubrique Woucikam du ZCL. Hotep, chez nos ancêtres de la vallée du Nil était la façon de se saluer. Cela signifie tout simplement : PAIX.   Que cette paix soit donc avec vous chers téléspectateurs de Canal 10 et chers auditeurs de C10 FM.

EDA MISSO signifie « Ouvrez les Yeux ». Elle a pour objectif de nous aider à mieux comprendre notre langue maternelle que l’on appelle communément le créole. Mais, comme nous le démontrons dans Woucikam, origine égyptienne de la langue dite créole, ce terme est abusif. Notre langue maternelle ne provient pas du français. Ce n’est pas la langue des créoles, les descendants des colons. C’est une authentique langue africaine, une langue bantoue dont les origines remontent à l’Égypte ancienne. Notre but est donc, de vous ouvrir les yeux sur la nature réelle de notre langue, à commencer par son vocabulaire. 

 

DZ : Dites-moi tout Jean-Luc, il paraît que vous avez passé une très mauvaise nuit ?

 

JLD : Agitée, on dira ! Oui Danick, hier soir j’ai rêvé que j’avais perdu la mémoire des lieux. Je ne me souvenais plus du nom de mon pays. Et voilà que quelqu’un m’a tendu cet objet que beaucoup d’entre nous connaissent en disant : « Avec ça vous retrouverez votre chemin ! »

 

Et puis, Paf, mon sommeil s’est coupé.

 

DZ : C’est un rêve assez curieux en effet mais que pouvons-nous penser de cet objet ?

JLD : Voyons déjà les mots qui le désignent chez nous. Nous avons d’abord le mot :

Kok : «coquille » que nous retrouvons, par exemple dans : kok à lambi « la coquille du lambi ». N’y voyez aucune allusion à l’organe génital masculin, il s’agit d’un homonyme. Notre kòk en woucikam est à rapprocher du registre de l’écorce dans les langues africaines modernes. Citons :

 

 

Tene tini : koko «écorce»

(enveloppe extérieure, protectrice d’un arbre ou d’un fruit)

Dogon : koko «écorce»

Gbaya : koko «écorce»

Autre façon de désigner la coquille des coquillages, c’est Zékal.

Le lien est tout trouvé avec le français : écale « enveloppe de la noix » ou écaler : enlever la coquille de l’œuf. Nous pouvons identifier la racine kal, Or, cette dernière est d’abord présente dans les langues africaines. Exemple :

 

 

yaka :  kalu «calebasse»

rungu : nkolo «calebasse»

fipa : kolo  «calebasse»

mambwe : kolo «calebasse»

laadi :  nkalu «calebasse»

Dans les langues africaines, c’est de la nasale vélaire simple sourde n que découlent les voyelles. Ainsi, le laadi : nkalu «calebasse» conduit à ékalu, origine probable du français écale, par une réalisation du n en é (n>é).

DZ: Nous avons koko qui désigne l’écorce, kalu qui désigne la calebasse, mais difficile d’y voir le nom d’un pays.

JLD : Pas encore, mais au sujet du pays dont j’ai oublié le nom, Thierry Létang dit ceci en page 57 de son ouvrage : Du nom indigène des îles de l’archipel des Antilles :

« Arrom pense lui, que les petites îles ou “dépendances” entourant le “continent” guadeloupéen lui auraient donné la définition “d’île-à-écorce”,“d’île-avec-(une)-peau”; dans le sens d’une “île avec une protection externe”».

 

DZ : Cette citation change notre perception des choses. Nous sommes loin de l’île aux belles eaux, traduction généralement accordée à Karukéra.

JLD : Vous le voyez donc Danick, ce lien entre la calebasse et l’écorce, nous ouvre à d’autres homonymes, notamment au nom de l’animal qui porte cette protection externe.

 

En effet, Le yaka : kalu «calebasse» est homonyme de l’éwondo : kulu «tortue», le Ngbudu : külu «tortue». De même, le yaka : kalu calebasse, est homonyme du kalina : kalu : «tortue», «carapace»

Cette indication nous renseigne sur le nom amérindien réel de notre pays. Puisque si le premier terme kalou se rapporte à la tortue à la carapace, l’autre, kaéra désigne la terre, l’île.

Or, chose étrange, ce terme amérindien qui désigne la tortue partage la même racine que les mots de la tortue dans les langues africaines modernes. Citons donc :

éwondo : kulu «tortue»

ngbudu : külu «tortue»

yansi : nkul «tortue»

bassa : kul «tortue»

Fait étrange, le kalina : kaloukaéra : « île tortue », « île caparaçonnée », est homonyme du bambara : koorokaara « tortue ». Ceci semble confirmer les propos cités par M. LETANG à propos de la signification réelle de Karuréka. Et si l’on se réfère à cette citation, l’auteur dit : les petites îles ou “dépendances” entourant le “continent” guadeloupéen lui auraient donné la définition “d’île-à-écorce”,“d’île-avec-(une)-peau”

 

Or, c’est par un groupe de calebasse que nos ancêtres de la vallée du Nil rendaient compte de la notion d’archipel.

 

 

Voilà donc une pièce versée à notre dossier qui pourrait signifier que les Kalinas désignaient sous le terme Kaloukaéra, non seulement la Basse-Terre mais aussi son chapelet d’îles, autrement dit, la notion d’archipel.

Et vous savez Danick, je suis assez fier d’avoir retrouvé la mémoire de notre territoire. La prochaine fois, nous verrons que nos ancêtres venus d’Afrique y ont laissé de nombreuses traces.

A Lundi. Hotep !