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Chronique

7 ans après le séisme de 2010 Haïti peine à effacer ses blessures.

Le 12 janvier 2010, Haïti est touché par un puissant tremblement de terre ; le bilan est très lourd : environ 225 000 morts, 300 000 blessés, 1 500 000 sans-abri.

Le montant des dégâts fut estimé à 7,8 milliards de dollars. A l’issue de la conférence internationale organisée aux Nations -Unis le 31 mars 2010, 138 pays ainsi que des ONG sous la direction du président haïtien René Préval, près d’environ 10 milliards de dollars sont promis pour l’aide humanitaire et pour la reconstruction d’Haïti.

Entre 2010 et 2012, sur les 9,28 milliards de dollars en aide humanitaire et aide à la reconstruction promis, 5,63 milliards de dollars soient 60,5 % ont été versés. Mais ces chiffres sont contestés. En effet, seuls 4 milliards de dollars sur les 12 annoncés, selon Michel Martelly. Par ailleurs, une grosse partie de l’aide a été dépensée rapidement pour des besoins urgents.

Plusieurs projets sont des échecs.

  • 200 000 victimes du séisme qui avaient quitté les camps de fortune pour « trois grands nouveaux bidonvilles appelés Canaan, Onaville et Jérusalem ». Qu’en est-il des projets de construction de logements payés par dons ?
  • 3588 maisons ou appartements, pour un coût total avoisinant 88 millions de dollars US ; les bailleurs de fonds internationaux et les agences humanitaires privées ont dépensé plus de cinq fois ce montant – environ 500 millions de dollars US – pour des « abris provisoires », appelés « T Shelters ». Ironie du sort, ces baraquements tiennent 3-5 ans maximum.

 

  • En juillet 2011, le président Martelly, l’ex-président des États-Unis Bill Clinton et le premier ministre de l’époque Jean Max Bellerive inaugurent l’Expo Habitat : une exposition d’à peu près 60 prototypes d’habitats à Zoranje. Derrière la facade pompeuse des poignées de main, l’Expo est un échec total. Peu de gens l’ont visitée et encore moins de gens ont choisi un modèle pour leur projet de reconstruction. De nombreux modèles présentés coûtaient très cher par rapport aux normes haïtiennes.

La stratégie des EU en Haïti

Avec Bill clinton, La Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH), composé de fonctionnaires et de riches hommes d’affaires en provenance des pays de la MINUSTAH et d’ailleurs, ayant accepté de fournir des troupes nationales ou de l’argent. Après quelques pressions le parlement haïtien est contraint de déclarer un état d’urgence de 18 mois au cours desquels Clinton et le CIRH ont contrôlé la reconstruction d’Haïti.

Dés le début, comment les Eu jouent un double jeu

Juste après le séisme, les Etats-Unis ont consenti une aide de 379 millions de dollars et ont envoyé 5 000 soldats. L’agence américaine Associated Press a découvert en janvier 2010 que 33 centimes de chacun de ces dollars avaient en fait été rendus directement aux Etats-Unis pour compenser le coût de l’envoi des troupes militaires.

L’ensemble du 1,6 milliard de dollars alloué par les Etats-Unis au secours d’urgence a été dépensé de la même façon : 655 millions de dollars ont servi à rembourser le département de la Défense, 220 millions ont été envoyés au département de la Santé et des Services à la personne pour qu’il aide les Etats américains à fournir des services aux réfugiés haïtiens, 350 millions ont été affectés à l’aide d’urgence fournie par l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid), 150 millions sont partis au département de l’Agriculture pour participer à l’aide alimentaire d’urgence, 15 millions au département de la Sécurité intérieure pour couvrir les frais d’immigration

  1. L’aide internationale a été répartie de la même façon. L’envoyé spécial des Nations unies pour Haïti a révélé que l’argent du fonds humanitaire, soit 2,4 milliards de dollars, avait été distribué de la façon suivante : 34 % ont été renvoyés aux organismes civils et militaires des donateurs pour l’intervention d’urgence, 28 % attribués à des agences des Nations unies et à des ONG, 26 % alloués à des sociétés privées et à d’autres ONG, 5 % reversés à des sociétés nationales et internationales de la Croix-Rouge, 1 % a été versé au gouvernement haïtien et 0,4 % à des ONG haïtiennes.

2) Seulement 1 % des dons a été envoyé au gouvernement haïtien. Selon l’agence Associated Press, sur chaque dollar accordé par les Etats-Unis pour l’aide d’urgence, moins d’un centime est parvenu au gouvernement haïtien. Il en va de même avec les autres donateurs internationaux. Le gouvernement haïtien n’a absolument pas été mis à contribution dans le cadre de l’intervention d’urgence menée par les Etats-Unis et la communauté internationale.

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En octobre 2012 : Les pluies diluviennes de l’Ouragan Sandy frappent les départements de l’Ouest, du Sud et de la Grand’Anse. Au moins 200 000 personnes sont sans abri19, de 60 à 100 personnes seraient mortes20, une nouvelle épidémie de choléra s’est répandue, et 70 % des récoltes du sud du pays furent détruites.

Durant l’année 2014 d’importantes manifestation demandant à la fois la fin de l’occupation de l’ONU (MINUSTAH), le départ du président haïtien Michel Martelly. Selon Harry Adam, qui dirige l’unité publique de construction de logements, il reste un peu moins de 70 000 sans-abri dans les camps de fortune.

Selon Amnesty International pour les Caraïbes plus de 60 000 personnes qui avaient trouvé refuge dans les camps improvisés après le séisme ont été expulsées. Les conditions de vie dans les 123 camps qui subsistent sont de plus en plus difficiles : un tiers des habitants n’ont pas accès à des latrines et une augmentation des cas de choléra y a été constatée ces derniers mois. L’épidémie a tué 8 000 Haïtiens en 2014.

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2016 , en février : Inondation dans le Nord. 9600 maisons ont été inondées.

En Octobre : L’ouragan Matthew

En décembre 2016, l’ambassadeur de l’Union européenne, Vincent Degert a rappelé les objectifs et les résultats du « Programme d’Appui à la Reconstruction et à l’Aménagement de Quartiers » PARAQ qui touche à sa fin après 5 ans de réalisation.

74.5 millions d’euros, dont 55.8 financé par l’Union Européenne ont été dépensés pour la réalisation de 10 projets d’aménagement urbain, dont 8 dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et 2 à Petit-Goâve.

Quelques chiffres :
Au total ce sont 9 schémas d’aménagement pour les quartiers : Baillergeau, Martissant, Delmas, Christ-Roi, Grand ravine, Carrefour, Petit-Goâve, Haut Turgeau/Debussy et Desprez ;
170,000 personnes ont bénéficié des aménagements publics réalisés (places, corridors, routes, aménagements de ravines, maisons de quartier, bibliothèques, etc…) ainsi que des maisons individuelles ;
1,300 professionnels du bâtiments ont été formés à la construction sûre et plus de 5,800 familles sensibilisées ;
1,000 logements ont été réhabilités ou reconstruits ;
11,500 m d’aménagement de corridors, de routes et de ravines ont été réalisés ;
60 entreprises ont été créées pour mettre en œuvre de nouvelles activités génératrices de revenus. Elles ont bénéficié à près de 900 personnes dans les secteurs du bâtiment, de l’environnement, de la pêche et de la restauration.

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Au 31 janvier 2017, le bilan des architectes de l’urgence sont : :

  • 2000 logements réparés ou reconstruits.
  • 4 écoles reconstruites pour plusieurs centaines d’enfants.
  • 1 orphelinat pour plus de 40 enfants.
  • 13 programmes de réhabilitation, construction et extension de centres de santé ou hôpitaux permettant l’accès aux soins à environ 700 000 bénéficiaires.
  • 4 maternités et plusieurs logements de fonction réhabilités ou reconstruits pour renforcer les services de santé maternelle et de médecine obstétrique.

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En  juin 2017 — La Banque mondiale fait un don de 20 millions de dollars destiné à la remise en état des routes et des ponts dans le sud d’Haïti et au renforcement des capacités d’intervention de la protection civile en cas de catastrophe. Il s’agit de la première opération approuvée au titre de l’enveloppe de 100 millions de dollars mobilisée par le Mécanisme de riposte aux crises de l’Association internationale de développement (IDA) afin de soutenir le processus de reconstruction après le passage dévastateur de l’ouragan Matthew.

En septembre : Les pluies diluviennes de I’ouragan Irma frappent les départements, spécialement département du Nord’est, Plus de 2000 personnes sinistrées.

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Les travaux de reconstruction de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti se termineront fin 2018

A 75 % achevés, ces travaux de reconstruction sont financés à hauteur de 83,22 millions de dollars américains, dont 33,3 millions proviennent du gouvernement haïtien. Les gouvernements français et américain ont contribué chacun à hauteur de 25 millions.

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Le 25 août 2017, le Maire de Port-au-Prince, Ralph Youri Chevry dit accepter le Projet de rénovation municipale de Port-au-Prince, planification de la construction, proposition de projet de l’institution chinoise Southwest Municipal Engineering Design and Research Institute. Ce projet comprend six (6) sous-projets, avec un investissement total d’infrastructure de 4,711 milliards USD.

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Fin novembre 2017, la Commission résidentielle pour la reconstruction du Palais National, créée en avril n’est pas encore en mesure de fournir une réponse exacte sur le coût de cette reconstruction. Cependant, selon une estimation approximative elle pourrait coûter entre 40 et 50 millions de dollars américains.

Selon la Commission le financement du Palais sera réparti sur 4 années fiscales pour éviter une charge trop lourde pour l’économie d’Haïti.

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Après avoir listé rapidement quelques éléments de la reconstruction d’Haïti quel bilan peut-on tirer ?

  • Après l’invasion de près de 3500-4000 ONG après le séisme, ce fut pendant une période, le plus grand marché aux subventions. Fin 2017, il reste que celles qui ont encore la confiance du monde entier. Les autres ont disparu. Elles y étaient avant, elles y sont toujours ;
  • Après certains simulacres de versement de fonds qui en fait retournent à leur pays d’origine (stratégie de Bill Clinton). Le Pays Haïti reste est toujours dans une situation difficile ; les catastrophes marquent presque chaque année ce pays.
  • La quasi majorité des aides n’ont guère été virées au gouvernement Haïtien. Elles ont servi soit à l’aide humanitaire d’urgence soit au financement de projets contrôlés par les agences et institutions internationales.

Pourquoi ?

  • Les risques de détournement des fonds de la part de l’administration haïtiennes, la mauvaise gestion, etc… Les exemples donnés il y a quelques instants montrent assez bien, que le gouvernement se voit imposer une reconstruction.

L’aide bilatérale ou multilatérale montre en effet les hésitations de faire confiance à ce gouvernement. Et ce malgré ses efforts.

  • La reconstruction concerne en priorité les bâtiments publiques (écoles, commissariats, aéroports, administrations, etc…) ensuite, plusieurs programmes montrent des résidences construites (villages ) mais, les normes para sismiques coutent trop cher.
  • Depuis le début de l’année 2017, ce sont des haïtiens réfugiés aux EU risquant l’expulsion qui se dirigent alors vers le canada. Pourquoi cette migration ?
  • Ces réfugiés vont probablement perdre leur Statut de protection temporaire (TPS) fin 2017. Ce TPS, accordé à près de 60 000 Haïtiens après le séisme de 2010, a été prolongé ce printemps de six mois par l’administration Trump, et devrait donc se terminer en fin d’année.

C’est l’administration sous B. OBAMA qui mit en place ce dispositif.

  • Sur les six premiers mois de l’année, 6 500 réfugiés ont été accueillis au Québec, un chiffre qui va gonfler avec l’afflux des Haïtiens. Mais la gestion de ces volumes n’inquiète pas le gouvernement fédéral qui a accueilli plus de 40 000 réfugiés syriens depuis fin 2015.

Cheddi SIDAMBAROM

Chargé d’enseignement

Faculté de droit de Fouillole

CAGI