La Méduse ou « MICA »

Bleu, blanc ou rose…ce sont les trois couleurs d’origine de la plus célèbre des sandales de plage, la Sun, modèle phare depuis 70 ans de la marque Méduse.

Elle est désormais déclinée dans une trentaine de couleurs, les bloggeuses mode et les Japonaises en raffolent.

Ce must de notre enfance est devenu un hit.

Les Méduses cette sandale des familles, populaire en plastique d’aspect gélatineux, Fabriquée en Auvergne de père en fils depuis 70 ans continuent de coller à la mode.

Et elles doivent leur nom à des journalistes de mode qui en firent le chouchou des années 80.

A l’origine une simple galoche garnie de lanières raides en PVC, jaunes ou bleu ouvrier cloutées directement sur une grosse semelle de bois, c’était plutôt la tatane du pauvre.

Crée dans le Puy-de-Dôme en 1946 (une décennie après les premiers congés payés) par Jean Dauphant, coutelier au hameau Les Sarraix enAuvergne d’où son nom en 1962 « la Sarraizienne ».

Il eut un jour l’idée curieuse de remplacer le manche de ces couteaux par du plastique.

Puis il fit un essai avec ce même matériau nouveau sur une chaussure. «Une idée géniale de créer une sandale bon marché avec du plastique souple», résume Marc Paslier, le petit-fils, devenu patron de l’entreprise. Car au sortir de la guerre, le cuir était rare.

Ensuite il imagine, une semelle résistante et antidérapante avec ses picots, pour l’inventeur c’était comme chaussure de travail, tout terrain, résistante à l’eau et facile d’entretien capable de résister aux moussons tropicales comme à la moisissure.

Avec pour destination avant tout l’Afrique-Occidentale française et les divers territoires d’outre-mer, ce qui explique que 80% de la production des premières années fut exporté en dehors de la France métropolitaine.

Pour l’Afrique, le marché était porteur, mais s’effondra rapidement avec l’indépendance des colonies.

La Méduse fut rapatriée en métropole.

Conçues et fabriquées en grande partie en France, les chaussures de la marque Méduse sont presque un trésor national !

L’entreprise propriétaire de la marque, le groupe Humeau-Beaupréau, veille à cet héritage et le protège. Depuis 1946, la Sun n’a pas beaucoup évolué depuis 70 ans. Même process, mêmes picots reconnaissables sous la semelle. Seule la matière a évolué, pour plus de confort. 700.000 paires sont produites chaque année.

Les premiers modèles n’étaient pas totalement en plastique, comprenant des pièces de métal sous forme de rivets, permettant de fixer la bride aux semelles.

Désormais produite par l’entreprise « Plastic Auvergne », les Dauphant, père et fils, mettent au point une nouvelle version de sandalette moulée en monobloc, vendue très bon marché.

Résistante à l’eau, pratique et économique, elle est vite adoptée à partir de 1962 par les vacanciers des bords de mer qui l’adoptent sous différents surnoms : « méduse » à Paris (par analogie avec l’animal marin gélatineux et translucide), « mica » aux Antilles, « squelette » en Vendée, « fifi » dans le nord, « nouille » en Auvergne.

Plus de 100 millions de paires de ces sandales furent vendues.

Depuis 2003, la société Humeau de Beaupréau, qui a racheté l’outil de production de la Sarraizienne, dépose le nom Méduse et continue d’assurer dans ses locaux la production de 700 000 paires de « méduses » dont 400 000 « Sun » (le modèle originel) par an, ainsi qu’une gamme plus large de diverses sandales colorées ou pailletées, ballerines et bottes.

En 2009, elle reprend la société Plasticana, qui maîtrise la production de sandales en PVC recyclable additionné de fibres de chanvre.

Grâce à ses capacités d’absorption de carbone, le chanvre piège une partie du CO2 dégagé par le plastique de la chaussure.

Fluo et paillettes. Autres rivages, nouvelles préoccupations: cette fois les vertus de la sandale en plastique sont associées à l’hygiène. Pour protéger les pieds des mégots et des morceaux de ferraille (des seringues etc…) on achète la chaussure qui ne craint rien et ne coûte pas cher. En plus, avec le temps, elle est devenue jolie. Rose, bleu électrique, vert fluo (15 coloris en tout), avec un talon pour les grands, parfumée au goût de réglisse ou de framboise pour les petits, avec des paillettes s’il le faut. Un nouveau look inventé par un styliste brésilien et un étudiant en droit qui eurent l’idée de badigeonner le plastique «cristal» (translucide) d’or et d’argent. Leur société fit faillite mais aux Sarraix on a volontiers conservé ce côté lambada.

L’entreprise, rebaptisée en 1977 Plastic-Auvergne (300 salariés) est restée à 100% familiale avec à sa tête quatre petits-enfants du fondateur regroupés en directoire. Sur un marché déprimé, avec pour concurrents des Asiatiques acharnés, la Méduse, fabriquée à base de résines vinyliques et de plastifiants, continue d’apporter sa recette: 6 millions de paires vendues chaque année, 20% des 128 millions de francs de chiffre d’affaires en 1995. Elle s’exporte fort bien à Tokyo dit-on «parce qu’il y pleut très souvent». Elle est imitée par les Espagnols et les Italiens depuis que son brevet de semelles à clous en plastique est tombé dans le domaine public. Aux Etats-Unis, on l’appelle la «Jelly».

Fort de ce succès, les Auvergnats, proclamés «leaders européens de la chaussure en plastique» se sont lancés dans les années 70, en plus de la botte en caoutchouc, dans la fabrication de… la tong. Aujourd’hui, ils raflent les deux tiers du marché français.

Pour conquérir de nouveaux marchés et ne pas vendre des chaussures uniquement en été, la marque a élargi son offre en fabriquant également des bottes et des ballerines.

Les chaussures en plastique ne sont désormais plus une faute de goût en ville et ne sont plus non plus réservés aux enfants à la plage !

Alors si vous êtes nostalgiques de vos sandales d’enfance, n’hésitez pas.

Cette madeleine de Proust pourrait même faire de vous une it-girl de la plage !