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Chronique

Eda Misso N°3 du 26 mars 2018

Hotep ! Bienvenus dans EDA MISSO, la rubrique Woucikam du ZCL. Hotep, à vous chers téléspectateurs de Canal 10 et chers auditeurs de C10 FM.

EDA MISO vient de EDA « Ouvrir » et de Miso « les Yeux ».  Cette rubrique a donc pour objectif de nous aider à mieux comprendre notre langue maternelle que l’on appelle communément le créole. Elle vise également à mieux comprendre les mythes fondateurs de nos ancêtres de la vallée du Nil et qui ne cessent d’être recyclés dans les civilisations actuelles.

Danik : Les chrétiens viennent de célébrer Pâques. Il existe aussi Pesah qui désigne la pâque juive ? Retrouvons-nous un lien avec ces célébrations en Afrique ?

JLD : Mieux qu’un lien, nous retrouvons l’origine du concept de la pâque dès l’ancien empire pharaonique, période qui est considérée comme archaïque.

Danik : Serait-ce un indice quant à la source commune de l’humanité ?

JLD : Plus on analyse les éléments, plus il nous apparait que L’Homme qui a quitté l’Afrique à la conquête du monde n’était ni muet, ni dénué de traditions fortes. Ainsi si je vous montre cette image, vous aurez du mal à y voir un lien avec Pâques.

 

Et pourtant, la grande faucheuse est directement liée au mythe égyptien de la passion d’Osiris. Nous voyons ici les deux protagonistes Osiris, et Seth

 

Ce récit nous conte comment Seth, propre frère d’Osiris, lui tend un piège, le met à mort, découpe sa dépouille en morceaux qu’il disperse à la surface de la terre. Ceci nous conduit à nous intéresser au registre de la partition, c’est-à-dire les mots qui traduisent l’action de découper, de dépecer, de fendre, mais aussi la hache. Vous comprendrez alors en quoi le terme Pâques est lié à cette partition du corps d’Osiris.

Nous avons donc :

proto bantu : p’acà «hache»

chiga : pasha «hache»

amba : pash «déchet»

duala : é.pasi «part»

gevové : pasaka «fendre», «séparer», «opérer»

proto bantu : pààci «morceau», «fragments», «éclats»

proto bantu : pacé «briser en éclat», «fendre», «fragmenter»

laadi : pàka : «débiter en morceaux» (viande)

nzeby : pasa «division», «séparation», «fendre en long»

Danick :  Maintenant que vous le dites, je ne peux m’empêcher de relier pâques, à l’expression Pak an Pak qui traduit l’action de fendre de part en part, de fendre en deux.

JLD : Voilà ! Vous voyez bien que le lien linguistique avec les langues éthiopiennes est totalement fondé. Nous avons aussi

Basha , terme homonyme qui désigne la hache, l’objet avec lequel Seth va effectuer cette partition du corps d’Osiris le lexique de la hache nous conduit à la liste suivante :

 

hangaza : bezi «hache».

oluganda : Mbazzi «hache»,

haya : baizi «hache»,

hikizu : hazi «hache».

mpongwe : baza «dépecer», «disséquer», «découper»

 

Le woucikam Bazil à pour racine baz et relève donc du registre de la hache. Aussi, le terme Bazil désigne la hache, mais aussi le grand faucheur dont nous parlions et qui ravit les défunts à leurs proches.

Danick : Si j’ai bien compris, c’est de là que provient l’expression Bazil pran y qui signifie, il est décédé ?

JLD : Exactement ! Et ce Bazil, c’est Seth lui-même.

 

Nous pouvons d’ailleurs le voir, l’arme du crime à la main. Image à qui l’on doit le mythe de la grande faucheuse dans l’imaginaire européen. Et ce terme Seth a donné satan, Sheitan donc l’incarnation du mal, du désordre, du chaos, des valeurs négatives qui conduisent à la mort.

Danick : Comment passe-t-on de la partition du corps à la passion que vous évoquiez tout à l’heure ? Est-ce encore une affaire d’homonymie ?

JLD : Oui Danik, revenons sur les mots de la partition. Nous pouvons identifier la racine p.s, or elle est homonyme des mots liés à la souffrance, à la douleur.

 

Nous avons par exemple

Le bamanan : basi «sang», le jamsay : basi «malheur», le walo : basi «malheur» ou le mbochi : pasi «douleur», «souffrance», et le kikongo : mpassi  «douleur», «souffrance». Cette souffrance est liée, vous le voyez, au meurtre mythique d’Osiris dans la mesure où elle est occasionnée par l’action de la hache de Seth.

DANICK : Je vous accorde que ce lien est pertinent, mais nous en sommes loin des du chocolat et des œufs de Pâques ?

JLD : Pas si loin que cela. La fin du mythe raconte que Isis, épouse d’Osiris, folle de douleur entreprend alors un long périple qui la conduit sur toute la planète. Objectif, retrouver tous les morceaux du corps de son divin époux.  C’est ce geste qu’accomplissent les enfants quand ils se retrouvent dans le jardin pour retrouver les œufs cachés par leurs parents. Les œufs symbolisent alors les différents morceaux du corps d’Osiris.

Je verse donc à ce dossier un nouvel indice. Il s’agit du qualificatif donné à Osiris. Ce dernier est : L’être éternellement bon, ou encore, celui qui demeure parfait. Ceci se dit Wnn nefer. Mais il s’agit d’une convention de l’égyptologie occidentale. C’est plus complexe que cela. Mais je n’ouvre pas ici la réflexion qui risque d’être longue. Regardons simplement cette épithète d’Osiris en Hiéroglyphe.

 

Nous observons la présence d’un lièvre qui est de ce fait l’animal totem d’Osiris. Ce lièvre se dit :

pesa en manda.

mpoto : pesa «lièvre»

matengo : pesa «lièvre»

ndengereko : mbesa «lièvre»

DANICK : Ces mots sont donc homonymes des mots de la hache et de la partition dont vous nous parliez plus tôt.  

 Tout à fait, et vous vous rendez compte que c’est précisément le nom de cet animal dans les langues africaines, qui permet d’expliquer la tradition du lapin de Pâques puisque ce terme est homonyme de l’hébreux : pesah «la pâque». Ce lapin en chocolat qui est censé amener les œufs de paques et les cacher dans le jardin où les petits enfants iront les chercher. Pesah, c’est aussi le nom de la constellation du lièvre dans les langues du continent africain.

 

Autre détail, le corps en chocolat de ce lapin de paques est découpé et mangé morceau par morceau. Ceci indique que le chocolat symbolise la chair du Lapin et donc par extension d’Osiris.

 

 

Notons enfin que tous nos rituels associés à la mort reprennent le registre de la partition

Il y a les beignets de carnaval qui précèdent la mort de vaval.

Mais aussi les marinades du vendredi saint. Toutes sont de symboliques du partage de la chair d’Osiris et de la survivance de ce mythe ancien encore aujourd’hui dans nos traditions.

En conclusion, les festivités de Pâques ne sont pas si occidentales que l’on ne croit. C’est tout pour aujourd’ hui, A la semaine prochaine. HOTEP !

DANIK : Conclusion ! HOTEP !

Renvoi sur la formation à la lecture des hiéroglyphes égyptiens.